Sivasankaran Shoba, Jawaharlal Nehru University

‘Echange culturel entre le tamoul et le français : besoin de traduire toutes les facettes des deux mondes’

La langue tamoule, une langue indienne ancienne, parlée dans le sud de l’Inde, avec sa littérature riche et variée, a depuis longtemps reçu plusieurs œuvres françaises, tout en faisant l’objet des traductions en français. La première vague des traductions, commencée à l’époque de la colonisation française de Pondichéry, portait indéniablement l’empreinte de cette colonisation. La traduction à l’époque, un processus à sens unique, était pourtant capable d’influencer énormément la production littéraire tamoule et a même donné naissance à de nouveaux genres littéraires. Ce processus a introduit des auteurs français tels que Maupassant, Hugo, Dumas, Zola etc. aux lecteurs tamouls. Il fallait attendre des décennies pour pouvoir lire les auteurs tamouls en français. La façon dont ces œuvres étaient traduites est témoin de la hiérarchie qui existait entre les deux langues. Heureusement, la traduction a beaucoup évolué aujourd’hui et est devenu un processus dynamique d’échange culturel. Les auteurs français figurent parmi les auteurs étrangers les plus traduits en tamoul et se vantent d’un lectorat impressionnant. La retraduction des anciennes œuvres françaises en tamoul montre sans aucun doute le succès de ces écrivains. La traduction des œuvres tamoules en français s’accroît également. Les plus grandes œuvres littéraires tamoules ont été traduites. Etant donné que la traduction des œuvres tamoules en français a commencé beaucoup plus tard par rapport à la traduction tamoule des œuvres françaises, la littérature ancienne continue à être traduite. Nous observons aussi la traduction de certaines œuvres contemporaines, surtout des œuvres qui rappellent la culture réceptrice de la présence de « l’autre ». Devrait-on dire que l’Inde ancienne, spirituelle, exotique fascine toujours les lecteurs français ?

Qui sont ces traducteurs/traductrices et pourquoi traduisent-ils/elles ? Quels sont leurs objectifs ? Quelles stratégies adoptent-ils/elles pour rendre des œuvres écrites dans une langue tellement éloignée de la leur? Arrive-t-ils/elles à jouer le rôle des médiateurs culturels ? Nous aimerions montrer que les réponses à ces questions sont divergentes ; le choix des livres et des auteurs, la motivation des traducteurs, la façon de traduire, les attentes des lecteurs etc. diffèrent selon la langue. Pourtant, la traduction entre le tamoul et le français s’établit aujourd’hui comme un important lieu de passage entre les deux cultures ; le passage pourrait s’élargir pour inclure une plus grande variété d’œuvres et d’auteurs.

Sivasankaran Shoba

Sivasankaran Shoba est maitre de conférences au Centre d’études françaises et francophones, à l’Université Jawaharlal Nehru, New Delhi. Elle y enseigne la traduction, l’interprétation et la linguistique. Sa riche expérience dans le domaine de la traduction littéraire et non littéraire ainsi que de l’interprétation se reflètent dans les traductions qu’elle a réalisées et les projets de recherche qu’elle a entrepris. Cotraductrice du livre India since 1959 de Christophe Jaffrelot et corédactrice de quelques numéros de la revue Rencontre avec l’Inde publiée par l’ICCR, elle a un grand nombre de traductions des nouvelles tamoules en français à son actif. Sa thèse de doctorat portait sur les études de réception des œuvres littéraires françaises et francophones traduites en tamoul.

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