Rajan Rekha V, Jawaharlal Nehru University

‘Traduire l’Inde pour les européens’

La pratique de la traduction est liée au désir de transmettre un savoir à partir d’une langue et d’une culture vers une autre. Bien qu’au départ la traduction fut perçue comme une pratique uniquement linguistique, l’idée selon laquelle les langues sont ancrées dans un contexte culturel a mené à un « tournant culturel » en traductologie. Comme l’écrit Harish Trivedi, « la traduction d’un texte littéraire ne constitue plus une transaction entre deux langues […] mais une complexe négociation entre deux cultures » (Translating Culture vs. Cultural Translation). Plus récemment, la notion de « traduction culturelle » s’est étendue au-delà du texte et du langage pour dénoter l’hybridité culturelle et le syncrétisme, en référence à « l’homme traduit » de Salman Rushdie. Harsih Trivedi s’oppose à cet usage et plaide pour un retour au sens plus textuel et linguistique du terme « traduction ».

Cette communication ne porte pas sur la traduction au sens strict mais sur des textes visant à faire comprendre certains aspects de la société, de la culture ou de la religion indienne à un lecteur étranger. En un sens, ces textes « traduisent » l’Inde pour les lecteurs européens du 18ème siècle. L’analyse portera sur des lettres, des rapports officiels et d’autres textes écrits par les membres de la mission Danish Halle au Tamil Nadu (1706-1835) et envoyés vers le Danemark, l’Angleterre et l’Allemagne. Le but est de rendre compte des tentatives de ces missionnaires allemands pour comprendre les cultures, les religions et les langues de l’Asie du sud et pour les présenter à un lectorat européen. On cherchera également à analyser les différentes raisons qui ont poussé les missionnaires à sélectionner certains types d’informations et à les traduire.

Rajan Rekha V

Rekha V. Rajanes est actuellement professeur d’allemand au Centre d’études allemandes de l’université Jawaharlal Nehru de New Delhi. Elle enseigne l’allemand et la littérature allemande depuis 1975. Elle a obtenu en 1990 la bourse universitaire Alexander von Humboldt pour ses recherches post-doctorales à l’université libre de Berlin. Ses recherches actuelles portent sur les liens philosophiques et littéraires entre l’Inde et l’Allemagne. Elle a travaillé sur les descriptions de l’Inde du XVIIIe siècle dans la correspondance des missionnaires protestants allemands.

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