Naumann Michel, Université Cergy

‘L’étrange traduction de Maya que reflètent les poèmes du dernier Lahor’

ARGUMENT : Poète qui se situe dans le sillage du Parnasse (certains diraient dans l’ombre au regard de sa modeste célébrité et peut-être de son talent remarquable mais, aux dires de certains critiques, paresseusement exploité), Lahor a toujours vécu ses questionnements personnels à l’intérieur des philosophies indiennes, ce qui en fait un poète qu’il est difficile de décrire comme exotique.

A cet égard sa vision de Maya peut surprendre. Elle a été très traditionnelle durant la plus longue partie de sa carrière d’artiste créateur. Son approche du bouddhisme rendait aussi son œuvre poétique très sombre. Pourtant à l’approche de la mort on sent une modification des fondements philosophiques de ses poèmes. Après tout leur beauté relève de la Maya et elle est récusée comme illusion. En tant qu’artiste n’y avait-il pas là une contradiction ? Dans sa dernière époque, la Maya prend donc une fonction très positive, ce que d’aucuns voient, à tort, comme une contradiction avec ses thèmes précédents, influencés par le Sankarisme et le Bouddhisme où Maya était mythiquement la magicienne et philosophiquement l’illusion que doit effacer le Brahman, l’Etre. Or il s’agirait moins de contradiction que de traduction de ce concept clef car Lahor s’appuya sur un vieux courant philosophique indien pour faire de la Maya, une production assez mystérieuse du Brahman. En effet que serions-nous sans elle ? Comment remonterions-nous vers la Vérité et l’Absolu ? Maya est au départ, avouons-le, de l’incontournable chemin vers l’absolu, et sur cette route elle chemine avec le poète, ce qui en fait une voie naturelle et enchantée qui donne au poète la joie que recèle la beauté du monde.

Elle prend donc un sens beaucoup plus positif que dans les périodes précédentes de l’œuvre de Lahor et traduire Maya par illusion se révèle une erreur au regard de l’évolution du poète (du bouddhisme vers un courant particulier de l’hindouisme) et du facteur esthétique qui ne peut être mis de côté dans une œuvre telle que la sienne.

Naumann

Michel Naumann est professeur émérite à l’université de Cergy. Il a enseigné dans les universités de Niamey (Niger), Kano (Nigéria), Metz, Paris12, Tours, et Cergy. Il est fondateur du SARI (Société d’Acivités et de Recherches sur les mondes Indiens), et il travaille sur la littérature africaine et l’histoire des idées en Inde. Ses publications incluent des ouvrages d’histoire sur l’Inde et le Commonwealth, et des critiques littéraires africaines. Il est aussi auteur de travaux sur MN Roy, Gandhi, Chinua Achebe, Tchicaya U Tam’si.

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