Mustaffa Mohamed Shamla, Jawaharlal Nehru University

‘Différence et ‘différance’ : traduire le Mahé de M. Mukundan dans On the Banks of the Mayyazhi et God’s Mischief’

Les conceptions de la traduction se sont modifiées avec le temps. D’abord perçue comme une activité secondaire, elle est devenue une véritable discipline universitaire d’interprétation et de réécriture des textes. Reste que nul n’échappe à la malédiction de Babel. Les traducteurs d’hier et d’aujourd’hui sont confrontés à un seul et même défi impossible, qui consiste à trouver des équivalences de sens et de forme lors du passage d’un texte source à un texte cible. Cet article porte sur les succès et les échecs de cette entreprise au niveau du processus de l’écriture et non de son produit.

Les travaux du philosophe Jacques Derrida ont eu une influence considérable sur les études de la traduction. L’idée selon laquelle la traduction est « à la fois impossible et nécessaire » est fondamentale lorsque l’on s’attache aux processus qui la sous-tendent. De même, les notions de déconstruction et de différance (à mi-chemin entre ajourner et différencier) permettent de subvertir une approche conventionnelle des rapports entre un texte et son sens. L’objet de cet article est, à partir de la notion de différance, de montrer l’impact de la différenciation de l’espace et de l’ajournement du temps sur les échanges culturels inhérents au processus de traduction.

L’analyse portera sur deux romans en malayalam écrits par de M. Munkundan, Mayyazhippuzhayude Theerangalil (1974) et Daivathinte Vikrithikal (1989), ainsi que leurs traductions en anglais, On the banks of the Mayyazhi (trans. Gita Krishnankutty, 1999) et God’s Mischief (trans. Prema Jayakumar, 2002). Le but est de déterminer le rôle joué dans chaque texte par la ville de Mahé (ou Mayyazhi), ancien territoire français en Inde et mélange de cultures coloniale et indigène, et de montrer le jeu des différences à l’œuvre dans les deux traductions. Si la traduction repose sur un tel « libre jeu » des significations, peut-elle néanmoins permettre les échanges culturels et favoriser la rencontre entre « l’orient » et « l’occident » ?

Mustaffa Mohamed Shamla

Shamla Mustaffa Mohamed est doctorante au Centre d’Études Anglophones de la Jawaharlal Nehru University, New Delhi. Ses intérêts de recherche portent sur la déconstruction et la théorie littéraire, les études de genre et les théories féministes, la philosophie islamique, la littérature anglo-indienne, les littératures mondiales, les études de traduction, les études culturelles, la théorie raciale, la littérature électronique et les humanités numériques. Elle a soutenu avec succès un mémoire de Master intitulé The Promise of Language: A Reading of Kamala Das’s Poetry (July 2015).

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