Jayawardena Samanthi, Université de Kelaniya

‘L’orient vers l’occident : la traduction du roman cinghalais Viragaya en français’

Les chefs d’œuvre occidentaux y compris français sont souvent traduits en cinghalais, la langue des Cinghalais, parlée uniquement à Sri Lanka. En revanche, la traduction de la littérature cinghalaise ne se produit que rarement en langues étrangères sauf de quelques œuvres exceptionnelles. Le roman Viragaya de Martin Wickramasinghe (1890-1976) un des grands écrivains sri lankais est le premier roman (et le seul jusqu’à aujourd’hui), traduit intégralement en français. Le mot « viragaya » signifie « détachement » en cinghalais. La version anglaise traduit par Ashly Halpe s’intitule The Way of the Lotus. Pour la traduction française, le traducteur choisit le titre Viragaya ou le non-attachement. Ce roman qui est souvent décrit comme une œuvre psychologique se fonde sur les enseignements du Bouddha, et examine les complexités de son personnage principal Aravinda. Wickramasighe veut montrer à son public « la vérité du bouddhisme est aux antipodes des idées reçues ». Les titres donnent déjà des indices de l’influence bouddhique, « lotus », « non-attachement », et « viragaya ». Il ne s’agit pas d’une conquête de l’esprit sur les passions. C’est le détachement naturel que l’écrivain transmet à travers la vie d’Aravinda.

Le succès international que le roman connaît depuis sa publication en 1956 résulte de son contexte. Bikku Mandawala Pannawansa qui l’a traduit en français comprend mieux que personne les enseignements du Bouddha, et les deux cultures cinghalaise et française. Il est cinghalais mais il habite en France depuis des années. En plus il est moins bouddhique. Cette communication tentera dans un premier temps d’interpréter plusieurs aspects culturels dans le roman de Wickramasighe. Le cinghalais une langue appartenant à la famille indo-aryenne, emploie des formules d’adresse, des liens de parenté tout particulières à sa culture. Le lecteur découvre également des références à la culture, aux vêtements, aux plats et aux mœurs de ce pays oriental. Face à la traduction des éléments religieux, les difficultés se multiplient. Dans un deuxième temps, cette recherche analysera comment ces termes sont traduits pour un public international francophone. Le traducteur se sent obligé d’avoir recours aux stratégies qui permettent d’expliquer l’implicite, naturaliser les éléments culturels et religieux voire les éliminer. On se pose la question comment le traducteur trouve-t-il le juste milieu entre le message et le medium? Est-ce que le medium influence le message voulu par l’écrivain de façon négative ? Le traducteur doit négocier entre le medium et le message sans déformer l’identité culturelle sri lankaise. Cette recherche s’appuie sur l’analyse négative développée par Antoine Berman.

Jayawardena Samanthi

Samanthi Jayawardena est professeur de français à l’université de Kelaniya, Sri Lanka. Ses recherches portent sur la traduction de la littérature sri lankaise en français ainsi que sur la traduction cinghalaise de la littérature francophone. Elle travaille notamment sur la traduction des écrivains de la diaspora sri lankaise d’expression anglaise et traite des défis de traducteur et de leurs solutions traductionnelles. Elle est docteur en français de l’université Jawaharlal Nehru (New Delhi, Inde).

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