Chamlou Laurence, Université Reims Champagne-Ardenne

‘The Adventures of Hajii Baba of Ispahan de James Morier : la ronde des traductions’

James Morier publia The Adventures of Hajii Baba of Ispahan en 1824. Né  Izmir,  en 1780, il fit une carrière diplomatique durant laquelle il devint secrétaire privé de l’ambassadeur britannique en Perse, Sir Harford Jones. Il parlait le turc et connaissait des rudiments de persan et, à son retour à Londres, il publia  un premier récit de ses expériences  dans A Journey through Persia, Armenia and Asia Minor to Constantinople. Diverses missions majeures lui incombèrent : en mars 1809, il représenta ainsi le gouvernement britannique et signa un traité entre la Perse et l’Angleterre, et en 1812, il fut nommé l’assistant de l’ambassadeur  linguiste et orientaliste Sir Gore Ouseley, qui négocia le traité de Golestan entre la Russie et la Perse redéfinit leurs frontières communes.

Il publia A Second Journey through Persia, Armenia and Asia Minor to Constantinople en 1818, mais il gagna sa renommée en exploitant la curiosité que provoquaient les Persans à Londres et en créant le personnage de Hajji Baba, un Persan aventurier et vaurien, qui, dans la tradition des récits picaresques, raconte ses aventures en Perse. Le roman débute par une lettre d’un voyageur occidental, en possession d’un manuscrit authentique persan rendant compte des coutumes persanes, qu’il traduit et remanie pour présenter enfin la vision orientale au monde occidental. Un pouvoir despotique y est décrit avec humour, parsemé d’expressions persanes qui peignent un monde de princes voleurs, de Musulmans traîtres ou de médecins charlatans.

Si le roman rencontra un succès à Londres, il fit scandale dans le monde diplomatique, en Angleterre et en Perse. Cependant, une traduction persane de ce texte apparut en 1892, à partir d’une édition française publiée à Istanbul en 1880, par un poète et écrivain dissident en exil, Mirza Habib Esfahani. Mirza Habib Esfahani, fasciné par le monde occidental, fit une traduction libre de l’ouvrage de Morier, parsemée d’ajouts et d’omissions, qui renforça la caricature peu flatteuse du monde persan.  Ces stéréotypes du Persan résonnèrent dans le monde intellectuel et politique en Iran, durant la révolution constitutionnelle entre 1905 et 1911 et la période qui suivit.

Cette communication propose une étude du texte de Mirza Habib Esfahani et des transferts du texte anglais au texte persan. Sa traduction, celle d’un supposé manuscrit persan traduit en anglais, puis en français et enfin retraduit en persan, dessinerait ainsi une ronde, qui met en lumière de multiples croisements entre l’Europe et la Perse. Y a-t-il finalement une réalité culturelle qui transparaît ? Quels sont les codes culturels et comment sont-ils exploités ?

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