Benoit Madhu, Université Grenoble-Alpes

‘The Raj and Translating the Manavadharma Shastra’

Le 12 août 1765, l’Empereur Moghol de l’Inde, Shah Alam II, faisait de l’East India Company son Diwan pour les provinces du Bengale, du Bihâr et de l’Orissa; son Diwan, c’est-à-dire son administrateur, vassal et maître effectif des provinces. Le passage de la Compagnie du négoce à la gestion politique devait changer à tout jamais le cours de l’histoire de l’Inde. Les nouveaux maîtres des provinces de l’Est reconnurent tacitement leur changement de rôle en acceptant de nommer pour premier gouverneur général un homme qui n’était ni un commerçant ni un soldat, mais un intellectuel, Warren Hasting, qui avait derrière lui une longue carrière en Inde et une grande connaissance du pays.

“I have just received from Benares a S’hanscrit book, which puzzled me at first, and will, I hope, continue to puzzle, till it enlightens, me . . . which I suppose, is the Dherm Shastre Menu Smrety. A version of this curious work is promised, and, when it comes, I will set about learning the original” (Letter from Jones to Wilkins, 1785) On ne peut manquer d’être ému en lisant la citation ci-dessus, tirée d’une lettre de Jones à sir Charles Wilkins. Elle marque le début du grand projet conçu par Jones, un projet qui n’est rien moins qu’une tentative pour compiler et codifier le Manavdharmashastra, l’ancien livre des lois hindou – projet qui allait avoir un grand impact sur l’image que l’Occident se faisait alors de l’Inde. A tel point que ce texte, élaboré au IIe et IIIe siècle après JC en est venu à symboliser l’Inde du XVIIIe siècle. Par exemple, Almeida et Gilpin dans leur étude sur la renaissance indienne, remarquent que dès sa publication en 1794,  « Les lois de Manu, la magistrale compilation de Jones du livre hindou des lois » est rapidement devenu un texte de références sur les coutumes et la philosophie indiennes (Almeida et Gilpin 59). Cette présentation du livre de Jones laisse sans voix. Pour l’Occident, le seul livre équivalent aux « Lois de Manu » serait la Bible – et c’est comme si l’Orient, à la fin du XVIIIe siècle, se faisait une image des lois et coutumes de l’Europe telles qu’elles apparaissent dans la Bible. La question est comment se fait-il qu’un texte antique en soit venu à représenter l’Inde contemporaine aux yeux des Européens, comme si la longue période écoulée entre l’antiquité indienne et le XVIIIe siècle, n’avait donné lieu à aucune évolution ?

Benoit Madhu

Madhu Benoit est professeur de Civilisation britannique/Histoire des idées à l’Université Grenoble Alpe, où elle enseigne la civilisation et la traduction dans l’UFR des langues (études anglophones). Sa thèse de doctorat, Shelley, prophète de la non-violence porte sur l’aspect politique de l’œuvre de ce poète, et notamment sur l’influence de Shelley sur M.K. Gandhi. Parmi ses publications figurent un ouvrage sur la vie et les écrits de Sir William Jones : Sir William Jones et la représentation de l’Inde (2011); et plusieurs articles, dont ‘Translating Classics, Cultures’ Muse India, (Hyderabad Literary Festival 2012) et ‘Transparent Peaks – Shelley’s Imperialism’ Transparence romantique, (2014), PU Limoges.

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